Interview : Plastique, le grand emballement, de Nathalie Gontard

Depuis 30 ans, Nathalie Gontard est chercheuse et spécialiste du plastique à l’INRA. Plus récemment, le grand public a pu la voir sur le plateau de Cash Investigation (Plastique, la Grande Intox) et dans les médias pour éclairer l’opinion sur ce matériau omniprésent, mais mal compris.

À l’occasion de la sortie de son livre ce 7 octobre, Plastique, le grand emballement, chez Stock, elle revient sur notre monde plastifié, les conséquences sur nos écosystèmes et notre santé.

Enfin, elle imagine un futur proche sans plastique, avec un panorama de solutions concrètes, sous réserve de mesurer dés maintenant l’ampleur du problème afin de prendre les mesures qui s’imposent.

DC : Dans le dernier chapitre de votre livre, vous détaillez un futur sans plastique rendu possible grâce à un certain nombre de préconisations. Vous prévoyez cependant que des examens de « plastoscopies » seront tout de même nécessaires pour le diagnostic de certaines maladies. Pourquoi ?

Nathalie Gontard : Le plus difficile pour le consommateur c’est de comprendre la différence entre le danger immédiat de l’utilisation des plastiques et le danger de long terme.

Le véritable danger lié au déchet plastique met du temps à survenir : une fois devenu déchet, le plastique se fragmente sur des dizaines voire centaines d’années, avant de se diffuser en nanoparticules.

Comme pour tout poison, les écosystèmes et notre organisme sont capables de supporter une certaine dose. 

Mais ce que l’on vit aujourd’hui, ce n’est que le tout début : les vraies conséquences sont devant nous.

(Ndr : consulter le résumé du rapport CIEL « Plastique et Santé » à la fin de l’article pour en savoir plus)

Vous comparez le plastique relâché dans l’environnement  à une véritable bombe à retardement.

Même si on arrêtait de consommer immédiatement du plastique, on en a stocké des quantités suffisamment énormes pour nous assurer une diffusion très importante dans notre environnement pour les décennies à venir. 

S’occuper du problème plastique, c’est non seulement limiter dès maintenant notre consommation à son strict indispensable, mais s’occuper d’ores et déjà du plastique stocké et dispersé partout dans le monde.

Car si notre génération ne fait qu’entrapercevoir les conséquences du problème qu’elle est en train de créer, nos enfants et petits enfants en subiront quant à eux les véritables conséquences.

Tout cela est inquiétant, encore plus en ce moment où, avec l’épidémie actuelle, on a l’impression de faire un pas en arrière en ce qui concerne la consommation de plastique.

D’après WWF, nous ingérons désormais cinq grammes de microparticules de plastique par semaine. Face aux nombreux dangers de long terme que cela représentent, Nathalie Gontard défend le principe de précaution.

Vous parlez dans le livre de la « croyance » du plastique : que ce soit pour des raisons marketing, ou sanitaires par exemple.

On confond nos habitudes avec des besoins : c’est là qu’on bascule dans l’addiction.

Ce n’est plus quelque chose dont on a besoin car il nous permet de mieux vivre, c’est quelque chose dont on a besoin parce qu’on a pris l’habitude de le consommer.

Depuis quelques années, on voit l’essor des bioplastiques et des plastiques recyclés : sont-ils la solution ?

Quand on gratte un petit peu, on voit que toutes ces solutions sont limitées, et que même mises toutes côte à côte, elles ne couvrent qu’une fraction infime du problème. 

La première solution est de réduire notre consommation à l’indispensable.

Ensuite seulement, considérer les solutions du recyclable et du bioplastique, explorer toutes les pistes possibles.

Cependant, cela ne doit pas nous détourner de l’objectif premier de réduction drastique de notre consommation.

Ce qui me gêne avec le message du recyclage ou du bioplastique, c’est cet écran de fumée que cela jette dans l’esprit des consommateurs. On se dit qu’en mettant la bouteille dans la bonne poubelle, on se débarrasse du problème.

J’ai passé toute ma vie à développer des solutions en faveur du recyclage ou du bioplastique, j’y crois, mais  de façon réaliste. C’est à dire que je sais très bien ce que ce type de solution sera capable de résoudre : une infime partie du problème.

Si le message du recyclé ou du bioplastique sert à décomplexer l’usage du plastique en faisant miroiter des solutions miracles et à encourager la consommation, on a tout faux. 

Notre économie peut-elle se permettre de se passer de plastique ?

Aujourd’hui on a une gestion à très court terme.

On pourrait mettre en place une transition économique viable, mais cela commence par regarder la réalité en face.

Il faut que nos politiques aient le sens des responsabilités, et qu’eux mêmes aient une vision claire de l’ampleur du problème.

Cela commence aussi par correctement informer le consommateur, d’où la publication de ce livre, destiné à tous.


Se procurer le livre

Pour tout savoir sur le plastique, vous pouvez vous dès maintenant vous procurer Plastique Le Grand Emballement chez votre libraire, via Chez Mon Libraire ou chez votre revendeur habituel.

Résumé de l’éditeur : Depuis 30 ans, dans son labo de chercheuse et sur tous les terrains du monde, Nathalie Gontard explore et scrute l’univers du plastique. D’abord fascinée par les potentialités du matériau magique, elle l’a vu ringardiser les matières traditionnelles et envahir sournoisement la planète. Elle a découvert ses empreintes sur les plages, au cœur des sols et même dans la chair d’innombrables animaux. Inquiète, elle est allée chercher des matériaux cousins moins envahissants, puis a tenté de calmer l’appétit du monstre en le piégeant dans son propre recyclage.

  • Broché : 220 pages
  • Éditeur : Stock (7 octobre 2020)

Aperçu gratuit ici :

Pour aller plus loin

Retrouvez mes précédents articles sur le Greenwashing dans la mode ou l’épopée sans plastique au pied.

Pour en savoir plus sur les effets du plastique sur notre santé, rendez-vous sur le document de synthèse Plastique et Santé du rapport CIEL.

Un bébé avale chaque jour en moyenne plus d’un million de microparticules de plastique détachées de son biberon

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